Moissonner le brouillard

Maroc

Association de développement
Maroc

Région Oued Noun-Guelmim, Province Sidi Ifni.

Période de réalisation de l'initiative

du 06/2011 au 03/2015

Description de l'initiative

Dar Si Hmad a construit et gère un projet de collecte de « brouillard » dans une région aride où la ressource en eau est rare. En effet, dans cette région de l'Anti-Atlas, le niveau des précipitations est faible : il est inférieur à 128 mm par an. Les changements climatiques ont accentué le problème. Les puits, qui procuraient autrefois suffisamment d’eau, ne peuvent plus satisfaire les besoins. De plus, les femmes devaient consacrer beaucoup de temps et d’efforts à la corvée d’eau : en moyenne 3,5 heures par jour. L’alternative consistait à acheter l’eau mais, lors de la saison sèche, le prix était élevé pour les ménages les plus pauvres. Tout cela rendait la communauté très anxieuse.
Les conséquences sont de diverses natures. A certaines périodes, le manque d’eau obligeait les éleveurs à vendre leur cheptel. De plus, un nombre important de ménages émigraient en ville. Progressivement, la pratique de la langue locale (le tashelheet), l’héritage culturel et les pratiques anciennes se sont perdus.
L’environnement, et en particulier la flore et les arbres d'Argane, s'est dégradé faute d’entretien ; les jeunes travailleurs ayant quitté la zone. L’immigration n’a pas été une solution : les familles parties à la ville ne sont pas nécessairement sorties du cercle de la pauvreté.
L'objectif du projet est d’utiliser le brouillard comme source alternative d’approvisionnement en eau potable. Ainsi, il est possible de fixer la population et de créer des opportunités d'activités génératrices de revenus, les femmes étant déchargées de la corvée d’eau.
Depuis le 21 mars 2015, date officielle de l’inauguration du projet, grâce à des filets capteurs de brouillard placés au sommet de Boutmezguida, à 1225 mètres d’altitude, dans l'Anti-Atlas, Dar Si Hmad capte, en moyenne 6,3 m³ d'eau potable et approvisionne ainsi chaque jour, de manière gravitaire, 5 villages pilotes, soit 400 personnes. Après une année de service, les effets sont très positifs : les filles restent plus longtemps à l'école, d'anciens émigrés reviennent, des maisons se sont agrandies, des femmes deviennent économiquement autonomes et l'environnement est mieux préservé. L'écho médiatique de ce projet a fait des villageois des « stars » internationales, avec une forte identification avec le projet. Le « brouillard » a gagné en termes de « noblesse » et il a permis aux ménages de faire face aux changements climatiques et aux périodes de sécheresse, de plus en plus fréquentes et plus graves. Aujourd’hui, Dar Si Hmad et ses partenaires allemands ont mis au point une nouvelle génération de filets capteurs de brouillard, qui sont appelés à révolutionner la technologie actuelle et en faire une source de captation d’eau viable, durable et acceptable par tous. Cela peut être une réponse aux problèmes auxquels il faudra faire face dans les années à venir en matière d’approvisionnement en eau potable.

Principaux résultats obtenus

- les femmes et les ménages ne font plus de corvée d’eau
- la qualité de l’eau délivrée aux ménages est conforme aux normes de l’OMS et du pays
- les filles poursuivent leurs études plus longtemps
- l’hygiène et la santé sont améliorées
- le cheptel est préservé, même lors des périodes de sécheresse
- le retour des immigrés et la fierté de prendre part à un tel projet
- le combat contre la sécheresse est engagé de manière innovante sans puiser dans la nappe phréatique et sans consommer de combustibles fossiles (usage de l’énergie solaire pour les filtres)
Les effets négatifs des changements climatiques sont en partie surmontés et le projet permet de soutenir un développement viable pour la communauté.